Annie Lawrence, employée de bureau au Service santé-sécurité et environnement, a un penchant discret, mais assumé pour l’art du fil et de l’aiguille. Depuis ses 16 ou 17 ans, elle s’implique dans les Cercles de Fermières, un mouvement qui contribue à la préservation et la transmission des arts textiles ainsi qu’à l’amélioration des conditions de vie des femmes et de leur famille.
« Moi, je voulais apprendre à broder. Mais ma mère ne brodait pas, et dans le temps, il n’y avait pas d’Internet pour trouver des tutoriels en ligne. » Alors elle s’est tournée vers les fermières, où elle a vite trouvé sa place.
Elle a été présidente du Cercle de St-Hugues pendant de nombreuses années, faisant partie des rares présidentes qui n’étaient pas déjà à la retraite. « Personne ne voulait le faire, alors j’ai pris le poste de Présidente. Et finalement, ça allait bien! » Aujourd’hui, elle voit le Cercle comme bien plus qu’un espace d’apprentissage : « C’est un lieu de rencontres, d’échanges. Longtemps, pour beaucoup de femmes en milieu rural, c’était leur seule sortie entre femmes durant le mois, leur seule occasion de voir du monde. »
Pour Annie, il est essentiel de trouver des façons d’inclure des gens de tout âge dans les structures et les activités du mouvement. « Si on veut que ça continue, il faut ouvrir la porte aux plus jeunes. Aux ados, aux jeunes mères, à celles qui travaillent encore. Si on attend que les femmes aient 65 ans avant qu’elles puissent s’impliquer, il sera trop tard. » Elle a ainsi encouragé des mères à venir avec leurs bébés — quitte à bousculer certaines traditions.
Elle reconnaît que le membership s’effrite. « On ne recrute pas assez vite pour compenser celles qu’on perd avec l’âge, mais celles qui restent, elles veulent apprendre. » L’engagement est là, et Annie contribue à le renouveler.
Sa passion du textile a même traversé les moments les plus importants de sa vie : « Ma robe de mariée a été faite par une fermière. » Et il arrive parfois qu’une camarade ajuste une des fameuses robes qu’elle porte aux inscriptions des diverses instances du mouvement.
Pour Annie, s’impliquer dans les fermières, c’est un équilibre essentiel. « Comme disait mon ami Daniel Deblois, la CSN est une microsociété. Mais j’ajouterais qu’il y a une société en dehors de la microsociété. On peut être pleinement engagés dans notre travail et notre militance, mais c’est important de garder une ouverture sur le reste du monde. » Et les mercredis soirs, entre les fils colorés et les rires partagés, elle retrouve cet équilibre.